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Le LEAP 2025, quatrième édition du salon des technologies de Riyadh, s’est tenu du 9 au 12 février. Cette année encore, la manifestation a attiré de très nombreux acteurs de l’industrie : 1500 exposants et plus de 210 000 visiteurs. Philippe Corbel, président UFE Riyadh-Khobar, et directeur de United Continents Business Services y était. Il nous éclaire sur le LEAP et revient sur le plan vision 2030 de l’Arabie Saoudite qui ambitionne de révolutionner bien plus que les technologies de l’information.
Le Lead semble devenu un rendez-vous incontournable pour l’industrie des technologies avancées, pourquoi ?
Parce que c’est aujourd’hui un salon international qui n’a plus rien à envier au CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas. On l’appelle d’ailleurs le Davos Digital. On y trouve toutes les avancées en matière de technologies, dans des domaines aussi variés que la FinTech, la BioTech, les solutions de paiements, les réseaux, l’Intelligence Artificielle… Tous les grands acteurs de l’industrie sont présents. Car l’Arabie Saoudite – qui veut jouer un rôle de premier plan dans cette économie de l’innovation – offre de belles opportunités de marché. D’ailleurs, pour cette édition, des contrats pour une valeur de 14,9 billions $ ont été signés, un vrai record.
Pouvez-vous évoquer une des industries technologiques pour laquelle l’Arabie Saoudite a un intérêt particulier ?
Je pense à l’industrie des Data Centers car dans ce domaine l’Arabie Saoudite est en demande. Le pays a mis en place une politique nationale de cyber sécurité et impose un stockage des données sensibles sur son territoire. Par ailleurs, la stabilité du pays, le faible coût de l’énergie et la qualité des réseaux d’infrastructures ou électriques peuvent aussi inciter certains acteurs économiques de la zone à héberger leurs données sur le territoire saoudien. Les opérateurs de Data centers ont donc une vraie carte à jouer en Arabie Saoudite.
On peut également citer l’engouement autour des BioTechs avec la recherche sur le cancer, le génome, les maladies rares…. L’Arabie Saoudite est très à l’écoute des innovations dans le domaine de la santé car elle est confrontée à des maladies génétiques propres à son territoire.
Ce hubTech qu’est devenue l’Arabie Saoudite s’inscrit dans un projet beaucoup plus ambitieux, parlez-nous ce ce plan vision 2030…
En 2016, le prince Mohammed ben Salmane, dit MBS, a annoncé de grandes réformes économiques et sociales, c’est le plan 2030. L’objectif est d’abord de réduire la dépendance du royaume à la production de pétrole. Le plan 2030 prévoit donc une diversification des revenus du royaume au travers du développement d’autres secteurs d’activité et de la montée en puissance d’une base industrielle. Et outre la tech, le royaume entend développer les énergies renouvelables ou nouvelles comme l’hydrogène, lancer l’exploitation des terres rares, moderniser les transports, la santé, l’éducation, l’agriculture raisonnée, développer le tourisme… Chaque ministère, chaque organisation a sa feuille de route et ses indicateurs.
La révolution économique est en marche et on en voit déjà les effets. De nouvelles zones industrielles sont fournies en énergie par le solaire ou l’éolien, la ville de Riyadh fait fonctionner le métro automatique urbain le plus étendu au monde depuis le mois de décembre, la première phase de construction du hub touristique le long de la mer rouge (« Red Sea project ») est quasiment terminée ! Et dans cet ambitieux plan 2030, il ne faut pas oublier que le Public Investment Fund joue un rôle clef.
Justement, dans la foulée du LEAP, s’est tenu le Private Investment Forum. Quel est l’objet de cette manifestation ?
Le Private Investment Forum est organisé par le fonds souverain saoudien dit PIF (Private Investment Fund). Lors de ce forum très élitiste, les grands programmes de transformation du pays sont exposés aux investisseurs étrangers. C’est l’occasion pour les entreprises saoudiennes du portefeuille du PIF de nouer des relations avec les grands acteurs industriels et financiers du monde entier. Riyadh Air a fait partie cette année des projets qui ont été présentés. Cette toute nouvelle compagnie saoudienne dont les premiers vols commerciaux sont prévus très prochainement est un des acteurs clefs du plan 2030. Elle va participer à développer des pans entiers de l’économie du pays et faire de l’Arabie Saoudite un hub des transports.
Parlons de la France. Quelle était sa participation au LEAP ? Comment peut-elle prendre sa part, elle aussi, à ce plan 2030 ?
Le calendrier n’était pas idéal pour les acteurs de la tech française puisque le LEAP s’est tenu au même moment que le salon de l’IA à Paris ! En tout cas, nous avons en France des pépites technologiques qui intéressent les Saoudiens. Pour preuve : le « French Corner » animé par Business France KSA sur le salon – qui présentait des entreprises innovantes et solides – a eu beaucoup de succès.
Et plus largement, la France prend aussi sa part au plan 2030. Deux exemples parmi d’autres : dans le Nord du pays, EDF Énergies Renouvelables a installé 1000 éoliennes qui alimentent 3 villes en électricité. Côté culture, le centre Pompidou a signé un accord de partenariat pour la création d’un musée d’art contemporain dédié aux artistes du monde arabe à Al-Ula.
Les affaires en Arabie, ce n’est pas si compliqué, alors ?
Il faut avoir à l’esprit que les Français sont les bienvenus en Arabie Saoudite où les règles sont moins contraignantes qu’on ne le croit. Il est impératif de montrer un vrai savoir-faire technique, d’avoir la volonté de s’installer dans la durée, d’être certain de ses capacités financières et humaines et d’être patient… Mais le gouvernement s’attache à sécuriser l’investissement étranger. D’une part en assouplissant les règles pour permettre notamment l’investissement en propre sans partenaire local, d’autre part en maintenant un niveau d’exigence et de qualité à la hauteur des enjeux.
Les affaires en Arabie ? Un océan de patience, un baril de prudence et une once de chance.
Et pour conclure, vous qui vivez à Ryad, pouvez-vous nous parler des évolutions sociétales du pays ?
Même si on met toujours en avant les origines séculaires du royaume, on sort peu à peu d’un style de vie rigoriste, toujours grâce à « MBS » . 65% de la population a moins de 35 ans ! Cette jeunesse a des aspirations auxquelles le prince héritier, lui-même jeune quarantenaire, veut répondre. Et c’est aussi un des objectifs de la vision 2030. Il faut des logements, des universités, de l’emploi et des loisirs pour ces jeunes Saoudiens qui constituent la colonne vertébrale de cette société en évolution. Aujourd’hui, les femmes conduisent, occupent des postes clefs, les jeunes vont au cinéma, dans les cafés, innovent, entreprennent. Incontestablement, les changements voulus sont bien à l’œuvre !
Merci Philippe de nous avoir parlé avec passions des grandes transformations de l’Arabie Saoudite !
- 27 février 2025